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Clémentine Martin
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18 juin 2021
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Christian Dior: Maria Grazia Chiuri revient sur sa collection Cruise métaphysique

Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
18 juin 2021

Maria Grazia Chiuri, la directrice artistique de Christian Dior, signe un défilé et une collection croisière à la puissance métaphysique, présentés à Athènes jeudi soir. La designer romaine revient sur cette expérience.

FashionNetwork.com : Comment l’idée de faire défiler Dior en Grèce vous est-elle venue ?

Maria Grazia Chiuri : Sincèrement, c’est venu d’une image très forte de Monsieur Dior dans nos archives. On y voit de superbes mannequins sous les caryatides de l’Acropole en 1951. Lorsque je l’ai vue, j’ai su immédiatement ce que j’allais faire cette année. Comme cette image date de 1951, j’ai pensé que cela pourrait être une bonne idée de fêter son anniversaire en Grèce. Cela a demandé un travail de titan, mais je suis très contente d’avoir réussi à le faire. C’est aussi une excellente opportunité de réinterpréter nos propres références. Je viens de Rome et mon père est originaire des Pouilles, donc je fais vraiment partie de cette culture Magna Grecia. C’est quelque chose que j'ai étudié jeune et sous plusieurs points de vue. Maintenant, j’essaie à nouveau de faire quelque chose de différent.
 
FN : Êtes-vous allée en Grèce quand vous étiez plus jeune ?

MGC : J’y suis très souvent allée en vacances. La première fois, j’avais 18 ans, j’étais avec mes amis. Le voyage typique que l’on fait à la fin du lycée. Nous nous sommes promenés dans les îles, nous avons visité les sites archéologiques et le monastère des Météores. C’était une expérience incroyable. Elle cherche une image du monastère sur son iPhone.


Foto: Christian Dior


FNW : Pourquoi avez-vous intégré des références à Marlene Dietrich ?

MGC : Je pense qu’elle est très importante dans l’histoire de M. Dior et j’étais fascinée, parce que j’ai trouvé des images d’elle vêtue comme le personnage mythologique de Leda. J’ai immédiatement réalisé que je devais travailler sur cette image pour réaliser ma vision pour Dior cette saison. C’était vraiment formidable ! Pour moi, ça a été très intéressant de réfléchir à l’idée de cette robe très souple, aux antipodes des designs plus architecturaux des grands couturiers comme M. Dior. Ces deux langages sont complètement différents.

Donc j’ai cherché à créer un dialogue entre ces différentes visions de la couture, et cela s’est révélé fascinant. J’ai tenté de traduire les références de Monsieur Dior, comme son fameux motif pied-de-poule, dans un univers grec antique. Nous avons sourcé la soie chez un fournisseur local, et le résultat est extrêmement léger. Nous voulions proposer des robes avec des baskets. L’idée du mouvement, d’une femme active, d’une bonne relation avec son corps et avec la liberté. Je pense qu’en ce moment, la notion de mouvement est importante pour tout le monde dans ces moments difficiles.


 


FN : J’ai remarqué dans votre moodboard que vous aviez lu le célèbre traité de Joseph Campbell, Mysteries of the Feminine Divine.

MGC : Oui, je suis complètement obsédée par lui ! Selon moi, Joseph Campbell est un théoricien anthropologue incroyable, il est extrêmement intelligent. Je vais essayer d’expliquer ce que je veux dire même si l’anglais n’est pas ma langue maternelle. Je veux vraiment rendre hommage à la Terre-mère, la divinité femelle, parce que je pense que l’histoire a été un peu altérée pour raconter cette importante référence.
 
FN : Mais comment traduisez-vous ses idées dans la mode ?

MGC : À travers le mouvement, je crois. Quand on y pense, d’une certaine manière, la mode représente l’image que l’on se fait de la femme en tant que consommatrice. D’ailleurs, les hommes créent des vêtements qui restreignent la liberté de mouvement des femmes, avec des hauts talons et des robes très ajustées.
 
 

Foto: Christian Dior


FN : J’ai vu que vous faites référence à l’exposition Casa Iolas ? Comment a-t-elle influencé votre collection ?

MGC : Je l’ai adorée. Elle a eu lieu l’hiver dernier à Milan, dans un superbe bâtiment, avec Francesco Vezzoli comme commissaire d’exposition. C’était incroyable, stupéfiant, on y découvre une idée de la métaphysique. Je suis aussi une grande adepte de De Chirico et j’essaie de créer la même atmosphère. Cette idée d’ombre qui cache la silhouette humaine. Je trouve ça très beau.
 
 
FN : Comment avez-vous organisé tant de défilés et tourné tant de vidéos pendant la crise du Covid ?

MGC : Cette période a été très intense. Ce n’est pas facile pour tout le monde, et cela va encore se poursuivre jusqu’en novembre, au moins.
 
 
FN : Je vois que Pietro Beccari (le PDG de Dior) vient d’ouvrir deux boutiques à Mykonos, en Grèce, en même temps que ce défilé à Athènes.

MGC : (Elle rit) C’est son travail ! Ce n’est pas le mien, c’est son problème et je ne veux rien savoir à propos de ça. Je travaille ici, j’ai mon propre bureau et mon studio ici, sur la Seine. Vous savez, je vis l’instant présent. Je vis en face des jardins du Luxembourg, qui sont magnifiques. Mais je ne passe pas beaucoup de temps chez moi, j’en passe tellement au bureau !


Foto: Christian Dior


FN : Bien sûr, les grands créateurs pour de grandes maisons travaillent énormément.

MGC : Dior est une grosse machine.
 
FN : Oui, la machine Dior doit être alimentée.

MGC : Non, ce que je veux dire par là, c’est que je me sens très responsable. Il y a tellement de fournisseurs et de personnes qui travaillent chez Dior et on ne parle pas beaucoup d’eux. Nous traversons un moment difficile pour beaucoup d’entreprises, et beaucoup de ces personnes ont travaillé très dur dernièrement. Donc je ressens une responsabilité envers eux. Sincèrement, c'est pour cela que je n’ai jamais autant travaillé qu’au cours de la dernière année et demie. Nous travaillons depuis deux semaines de 9 h du matin à 3 h du matin. Je ne rentre jamais chez moi dîner.
 
FN : La saison de la haute couture aura lieu dans un mois, pouvez-vous m’en dire un peu plus ?

MGC : Cela va être superbe, nous allons défiler dans une structure au jardin du Musée Rodin, au-dessus de la fontaine. L’espace restera en exposition après le défilé. Je suis tellement contente, c’est beau, c’est une œuvre complètement nouvelle avec un nouvel artiste avec lequel je n’avais encore jamais travaillé.
 
L’année dernière, lorsque nous avons laissé le décor en exposition après Dior by Judy Chicago pendant quelques jours, 10.000 personnes sont venues le visiter. Cette fois, nous allons laisser l’installation pendant plusieurs semaines. Nous attendons beaucoup de monde.

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