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5 juil. 2012
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Commerce: le tableau sombre brossé par Christian Pimont, président de l'Alliance du Commerce

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5 juil. 2012

C’est un tableau bien sombre de la situation de la distribution d’équipement de la personne qu’a brossé Christian Pimont lors de la matinée organisée ce jeudi 5 juillet par l’Alliance du Commerce qu’il préside. Ce spécialiste de la distribution voit une double cause dans les difficultés auxquelles doivent faire face les enseignes. Bien sûr, il y a la crise économique qui pèse fortement sur le pouvoir d’achat et qui conduit les consommateurs à la vigilance. Mais il y a aussi de la part de ceux-ci des changements de comportement d’achat et même de comportement tout court qui laissent penser que la consommation débridée à laquelle nous étions habitués depuis des années n’est plus à l’ordre du jour. "Nous avons construit des entreprises faites pour satisfaire une consommation à outrance, souligne Christian Pimont. Leur organisation ne répond plus au comportement d’aujourd’hui".

Le président de l’Alliance du Commerce ne manque pas d’exemples pour étayer son propos. Il évoque ainsi la consommation parallèle, l’économie du troc qui s’est mise en place. De même le fait que le consommateur est aujourd’hui davantage à la recherche d’un usage que d’un simple produit. Mais aussi l’influence d’internet et du cross-canal. "On peut se poser des questions sur le rôle du magasin à l’avenir. Sera-t-il fait pour vendre, sera-t-il un magasin showroom, ou une sorte d’entrepôt low cost?", relève Christian Pimont. "Doit-il être festif pour séduire le consommateur? "


Christian Pimont, ex-dirigeant de Celio, est le président de l'Alliance du Commerce

Des réflexions qui, pour le président de l’Alliance du Commerce, peuvent avoir des répercussions sur son aménagement bien sûr, mais aussi sur sa taille. De même, la localisation peut être remise en cause. "Avant c’était simple, il y avait le centre-ville, les centres commerciaux et les zones d’activités commerciales, explique Christian Pimont. Aujourd’hui, le consommateur change sa manière d’utiliser les lieux de commerce, notamment du fait du retour à la proximité via les supermarchés de ville et internet. Selon ce spécialiste de la distribution, ce serait outre l’impact de la crise économique une des raisons majeures de la baisse de fréquentation des centres commerciaux", souligne-t-il. Christian Pimont relève aussi une utilisation de la formule de marque-enseigne comme une facilité… Pour ne pas trancher. "Pourtant, il va falloir trancher", souligne-t-il.

Face à ces soucis d’ordre stratégique, les enseignes craignent d’être encore une sorte de vache à lait pour les Pouvoirs publics sur le seul motif que ses emplois ne sont pas délocalisables. Par exemple, elles craignent la perspective d’une révision à la hausse des impôts locaux dans le cadre de la réforme des valeurs locatives. Validée par le Sénat, elle doit être appliquée en 2014. Parmi les critiques, l’Alliance du Commerce s’inquiète de la suppression des allègements de charges sur les salaires prévue pour 2013 (abaissement du seuil à 1,5 SMIC, relèvement du forfait social de 8 à 20% sur l’intéressement et la participation dès ce mois de juillet, intégration de l’épargne salariale au calcul des charges). L’organisation professionnelle a calculé que la mise en place de ces mesures entrainera une perte évaluée à 300 millions d’euros, soit l’équivalent de 15 000 embauches de jeunes sur un effectif de 200 000 salariés.

L’Alliance du Commerce s’inquiète aussi de la poussée des loyers et surtout des charges dans les centres commerciaux. "A tel point, souligne Franck Boehly, président de la Fédération des Enseignes de la Chaussure (FEC), que bien souvent désormais loyers et charges locatives dépassent la masse salariale des magasins. L’Alliance du Commerce rejette enfin, côté impôts, la mise en place d’une taxe sur l’achat en ligne qui pèserait sur les seules entreprises françaises du e-commerce.

L’organisation professionnelle souhaiterait aussi un élargissement du travail le dimanche dans les zones touristiques à la manière par exemple des Champs-Elysées ou comme test pratiqué dans six villes du Sud depuis deux ans. A Nice, par exemple, les magasins ouvrent 34 dimanches par an. Avec succès, selon Claude Boulle, président exécutif de l’Union du Grand Commerce de centre-ville (UCV, membre de l’Alliance).

Pour Christian Pimont, il est vital que, dans une situation économique aussi dégradée, tout soit fait pour résister et préserver l’emploi. Celui-ci n’écarte pas toutefois des défaillances. "Le risque est réel, explique le président de l’Alliance du Commerce. On va sans nul doute vers une consolidation du secteur".

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