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Clémentine Martin
Publié le
11 avr. 2022
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ModaLisboa revient dans la capitale portugaise avec des designs avant-gardistes

Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
11 avr. 2022

Les Fashion Weeks de petite et moyenne envergure sont celles qui ont le plus souffert de l’impact de la pandémie. Face aux mesures de sécurité, aux restrictions appliquées au tourisme et aux désistements de leurs partenaires et soutiens financiers, certaines ont tout simplement opté pour un report sine die. D’autres, en revanche, ont fait le choix de se lancer à corps perdu dans le digital pour faire face à cette période difficile. ModaLisboa a pour sa part choisi une autre stratégie dès le début de la crise sanitaire : adapter son format et ses propositions physiques et les associer avec une plateforme digitale. Une stratégie intermédiaire qui a permis à la Fashion Week lisboète de survivre jusqu’au retour à la normalité, impatiemment attendu. Le jour est enfin arrivé, et les griffes à suivre ne manquent pas au programme de cet événement qui a vaillamment résisté à la tempête.


Coulisses du défilé de Béhén - ModaLisboa


“Nous nous sommes vraiment battus pour survivre et rester fidèles à nos valeurs. Et nous sommes très fiers d’être toujours là“, se réjouit la coordinatrice internationale de l’événement, Lígia Gonçalves. La pandémie a durement frappé ModaLisboa, qui a dû revoir ses ambitions à la baisse mais commence à retrouver un format similaire à celui d’avant la crise sanitaire. Sa dernière édition a eu lieu du 10 au 13 mars derniers. À cette occasion, l’événement a misé sur des partenariats créatifs et a étrenné un nouveau lieu : le Hub Criativo do Beato de Factory Lisboa, à la périphérie de la ville. Cet endroit de style industriel hébergeait auparavant des entreprises et des usines, et se reconvertit aujourd’hui en incubateur de start-ups de divers secteurs, dont celui de la mode.

La mairie de Lisbonne veut encourager la mode

Un nouveau format qui renouvelle l’image de l’événement, le dotant d’une bonne dose de “cool“ berlinois ou londonien. Organisée en collaboration avec la mairie de Lisbonne, la Fashion Week a donné lieu à la présentation physique de 26 collections devant 10.000 visiteurs. Les conférences et les défilés ont, au total, accumulé 465.000 vues, entre la diffusion en streaming, sur le site web et l’application de ModaLisboa et sur les réseaux sociaux. “C’est un moment particulier, une année de reprise après la pandémie où les événements physiques recommencent à occuper une place centrale dans nos vies, tandis que le métavers les transforme quotidiennement“, analyse Carlos Moedas. Le maire de Lisbonne fait allusion au concept de cette dernière édition de ModaLisboa, centrée autour du métavers.



João Magalhães - ModaLisboa


“L’endroit est idéal pour accueillir ce projet emblématique. C’est un espace d’avenir qui représente les ambitions que nous avons pour Lisbonne: une ville qui trouve dans ses racines une énergie disruptive, propulsant une nouvelle génération d’entrepreneurs dans un espace dédié à la liberté de créer, d’innover et d’être“, poursuit l’élu. Il rappelle son soutien total au “talent portugais“ et veut croire au potentiel de la mode, capable de s’imposer comme “exemple de durabilité et de responsabilité“, comme il l’affirmait dans son discours d’ouverture de l’événement. Eduarda Abbondanza, la présidente de l’Association ModaLisboa, veut apporter “de la continuité, une évolution et une ouverture“ à la ville. “Nous sommes de retour, notre vision coïncide avec celle de la ville, nous nous concentrons sur la rencontre brillante entre la mode, la technologie, l’innovation, l’entrepreneuriat, l’art et la culture“, revendique-t-elle, cherchant à encourager les synergies intersectorielles.

“Nous avons identifié les valeurs immatérielles qui unissent nos secteurs : une liberté d’expression complète, l’indépendance, l’identité, l’empathie, l’aide mutuelle. Cependant, nous savions que nous allions devoir les appliquer dans un contexte européen frappé par la brutalité“, s’indignent les responsables de l’événement, visiblement choqués par la situation internationale complexe qui éclabousse les événements de mode depuis le début de la guerre en Ukraine, qui a commencé pendant la fashion week de Milan. Par solidarité avec le peuple ukrainien, ModaLisboa a fait le choix de collaborer avec Unicef Portugal pour lever des fonds. Plusieurs designers ont aussi pris la parole pour déclarer leur engagement pendant leurs présentations. Vogue Portugal, de son côté, a habillé sa dernière couverture du bleu et jaune du drapeau ukrainien.


Luis Carvalho - ModaLisboa


Comme c’est généralement le cas, le programme de la première journée de ModaLisboa proposait aux visiteurs d’assister à une série de conférences et de tables rondes avec des personnalités représentatives du secteur. Organisées sous forme de “pitchs“, elles étaient présentées par Joana Barrios et invitaient à réfléchir à l’usage des technologies avec des interventions d’entreprises comme Yahoo, Farfetch, Vasquiat, Skinvades et Klarna. L’environnement était aussi au cœur des discussions avec de grands noms de l’industrie comme Guess, Pangaia, C.L.A.S.S. et Tintex Textiles.

Les marques portugaises à suivre de près



La plateforme Sangue Novo, qui a sacré les créateurs portugais Maria Clara et Felipe Cerejo, permet de découvrir les talents émergents. Mais c’est tout l’événement qui s’est, une fois de plus, démarqué par des propositions innovantes et avant-gardistes, comme celle du créateur João Magalhães, qui a opté pour un défilé sous forme de performance pour sa collection “Venus and the solitary cloud“. Alliant l’iconographie catholique avec une esthétique street, l’événement utilisait la création vidéo et la danse.


Constança Entrudo - ModaLisboa


La griffe écoresponsable Béhen, qui conçoit des vêtements à partir de linge de maison traditionnel portugais, a mis en scène d’étranges adieux avec “Adeus, hasta ao meu regresso“. Une collection imprégnée d’accents folk sur fond de tissus colorés, avec des vestes courtes, des manches ballon, des découpes et des blazers élaborés à l’aide de techniques de couture typiques des Açores, fendus à la ceinture. Les broderies artisanales, elles aussi, abondaient.

“Nous continuons à faire augmenter le nombre d’artisans avec lesquels nous travaillons, ce qui est la mission de notre projet. La mode traite de la façon dont nous communiquons avec les nouvelles générations à l’aide de ces techniques traditionnelles et artistiques“, rappelle Joana Duarte. La fondatrice de cette firme engagée s’est jetée à l’eau il y a deux ans seulement. “La mode peut être un peu oppressante et nous devons aborder ce sujet. Nous devons être transparents et dire clairement ce que signifie travailler dans ce secteur et les difficultés que l’on rencontre. Pour ma part, je continue à essayer de trouver la meilleure organisation possible pour travailler avec des artisans. Organiser des défilés et des présentations deux fois par an, avec certaines de nos techniques artisanales, est parfois trop intense“, souligne-t-elle. D’où ces possibles adieux.

La firme Duarte, de son côté, s’est inspirée de la “street dance“ pour imaginer des pièces sportives et colorées. Chez Buzina, ce sont les accents scandinaves qui dominent, avec des robes voluptueuses. Inspirée des années 1990, la collection de Hibou se veut décontractée et urbaine, avec des pantalons baggy, des imprimés lavande et verts et des looks en vinyle. Filipe Augusto décline le costume masculin dans des coloris pastels, Ricardo Andrez s’empare de vêtements utilitaires et leur assigne un bleu intense, accompagnés de passe-montagnes. La présentation de Constança Entrudo, elle, prétend proposer une garde-robe au quotidien, à partir des peintures d’Adolf Gottlieb. Parmi les créateurs les plus établis, Luis Buchinho fait le choix de mêler des silhouettes minimalistes avec le glamour des stars du rock ; Luis Carvalho, bien déterminé à prouver ses qualités de tailleur, signe d’élégantes pièces en jacquard et taffetas, pour homme et femme.

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