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20 mars 2020
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Quand le télétravail devient la norme en temps de crise

Publié le
20 mars 2020

Plus ou moins prêtes à y adhérer, les entreprises françaises ont depuis une semaine recours de façon massive au télétravail pour les postes qui le permettent. Un basculement collectif qui soulève plusieurs questions d'organisation, de matériel ou de sécurité. FashionNetwork.com fait le point sur ce sujet en partageant des expériences et listant quelques pistes en cette période de crise sanitaire qui éprouve la stabilité d'une société et le moral des équipes.


Le travail à domicile s'est généralisé avec la propagation du Covid-19 en France. - Pixabay


Quand ils ne sont pas pour certains au chômage partiel, comme le personnel des boutiques, une grande partie des employés du secteur de la mode travaillent depuis le début de semaine à leur domicile. Cela ne concerne pas tous les départements, mais par exemple les fonctions support, le commercial, le marketing, ou la communication. Une situation déjà expérimentée il y a à peine quelques mois : "Nous avons eu l’occasion de tester le télétravail en France pendant les grèves", note Jacques-Antoine Granjon, le PDG du site e-commerce VeePee. Il s'agit là d'une autre ampleur. "En Italie, depuis trois semaines, 400 personnes de l'entreprise travaillent de chez elles. L’activité de production des ventes et le suivi des opérations se font à distance. Nous avons aujourd’hui une entreprise de 6 000 personnes dont toute la partie digitale (négociations, fonctions support, IT, production des ventes) se fait en télétravail."

En outre, certains métiers créatifs tentent aussi de poursuivre leur activité à distance. L'enseigne de mode enfant Tape à l'oeil a partagé sur LinkedIn des clichés de quelques-uns de ses employés de l'équipe style, qui dessinent sur une tablette ou sélectionnent des échantillons de tissu à leur domicile.

Les outils physiques nécessaires à la continuité du travail chez soi se sont imposés comme un enjeu que peu de sociétés ont pu anticiper. "Nous avons dû racheter des ordinateurs, raconte Thomas Rouault, le patron de Snowleader, dont 95 % des équipes est en télétravail et 5 % en chômage partiel. Mais ce fut une véritable problématique car si le textile a été touché par l'arrêt des productions en Chine, l'électronique est aussi concerné. Nous avons fait le point sur les ordinateurs portables disponibles en interne, racheté du matériel et mobilisé les équipements des collaborateurs. Le choix a été fait de maintenir en priorité le service client et le community management pour entretenir le lien avec les clients."

" L'enjeu est d'optimiser les réductions de coûts sans oblitérer l'avenir "



Chez Renaissance Luxury Group (Renaissance, Altesse, Texier), des arbitrages ont dû être opérés, puisque certains salariés étant en mesure de télétravailler ont tout de même été placés en chômage partiel. "10 % des salariés travaillent de leur domicile cette semaine et ce sera 5 % la semaine prochaine. Nous conservons les fonctions essentielles, soit les RH, la paie, les fonctions financières, l'e-commerce, la plateforme de service client mais aussi une permanence marketing pour préparer les catalogues de la saison prochaine. L'enjeu est d'optimiser les réductions de coûts sans oblitérer l'avenir et les capacités de réaction lorsque cela redémarrera", décrit Eric Lefranc, le président du groupe, dont l'usine ardéchoise est à l'arrêt. "Concrètement, chacun des managers a classé 'critique, indispensable utile' les missions et projets des membres de son équipe, puis a évalué le nombre d'heures de travail pour chaque salarié. Cela a pris entre un et deux jours. C'était un travail important car souvent il faut réévaluer les priorités."


Le groupe Etam a communiqué sur LinkedIn sur la mobilisation de ses salariés en les montrant en visioconférence. - Etam/LinkedIn


Fichier à partager, document à compléter, réunion à organiser... Le quotidien d'une entreprise s'envisage différemment en période de confinement. Pour favoriser l'échange et la compréhension, divers outils collaboratifs ont émergé depuis plusieurs années. C'est l'occasion pour les entreprises de les valider ou de commencer à les expérimenter. Le 10 mars, Cédric O, le secrétaire d'État au numérique, a ainsi appelé les entreprises de la tech à se mobiliser en leur demandant de signaler les solutions qu'elles seraient prêtes à mettre à disposition des entreprises, des administrations et des citoyens.

Des solutions disponibles gratuitement le temps de la crise



De nombreux éditeurs de solutions ont de fait décidé de basculer en mode gratuit leurs dispositifs pour faciliter le travail à distance (et pour certains de se faire connaître). C'est le cas d'OVH et de son service de cloud, de la visio-conférence de Livestorm ou encore de Klaxoon et ses outils de travail collaboratif. A Wall Street, où sont cotés plusieurs fleurons de la tech, l'action de la start-up Zoom (webconférence), a bondi de 44 % à la mi-mars, tandis que l'application de communication en entreprise Slack a vu sa valorisation progresser de 25 % en un mois. En outre, des spécialistes de la santé au travail et de l'accompagnement autour du bien-être des salariés ont aussi mis leur plateforme à disposition, car la période peut être source de stress et d'angoisse pour nombre de salariés.

Conserver une relation sociale entre les équipes est primordial pour la direction d'Horace. La marque de soins pour homme a sa trentaine de salariés actuellement en télétravail. Une façon de faire qu'ils connaissent déjà bien puisque en temps normal, une poignée d'employés le pratique à temps complet et il est aussi autorisé régulièrement. "Puisque nous y sommes déjà rodés, ce que l'on cherche à faire actuellement, c'est de créer de nouveaux rendez-vous, pour se dire bonjour, faire un apéro virtuel pour ceux qui veulent... car il faut renouer le lien entre nous, non pas pour fliquer, mais parce que le lieu de travail est d'ordinaire vecteur de socialisation et qu'on le perd en télétravail", avance le cofondateur d'Horace, Marc Briant Terlet. Son conseil ? "Faire confiance ! Les personnes connaissent leurs projets et vont avancer s'ils sont soutenus. Pourquoi leur faire confiance au bureau et non en télétravail ?"

Même pratique chez Monoprix, pour les collaborateurs du siège dont la grande majorité évolue désormais en télétravail : "il est important de refixer des rituels et des temps de convivialité", appuie ainsi Edwige Lerolle, directrice communication de Monoprix. Mais depuis une semaine, une vague de salariés du siège a volontairement décidé de prêter main forte aux équipes sur le pont en magasin. "C'est une pratique qui se fait d'habitude lors de temps forts commerciaux. Aujourd'hui, certains se sentent plus utiles aux côtés de leurs collègues sur le terrain, et on l'autorise évidemment."


Exemple de préconisations relayées par la direction interministérielle du numérique. - DR


Sur le plan technique, la contrepartie de ce recours généralisé au travail à distance est celle de l'encombrement des réseaux, téléphoniques et web. D'importants pics de consommation de la bande passante sont observés, les réseaux et opérateurs se disent mobilisés sur la question : la Fédération Française des Télécoms (FFT) assure que les infrastructures sont solides mais appelle à un certain civisme numérique pour ne pas trop saturer les réseaux, à savoir en premier lieu privilégier le wifi et non pas la 3G ou 4G. Si la surchauffe se rapproche, des arbitrages pourraient être faits, mais ils se feront au détriment d'activités de loisirs (comme Netflix ou Youtube par exemple) pour prioriser le télétravail, livre au Point Michel Combot, le président de la FFT.

Autre élément à ne pas oublier pour les entreprises converties au home office, la sécurité de leurs systèmes d'information. En effet, outre la confidentialité des données qu'il convient de continuer à garantir, les cyber attaques seraient plus nombreuses en temps de crise et de désorganisation. L'ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) a publié sur son site des guides de bonnes pratiques à destination des sociétés mais aussi des salariés travaillant depuis leur domicile. "L'accès à l'ERP (progiciel de gestion intégré) à distance pose question sur la sécurité informatique. Nous avons défini des profils d'utilisateurs et des protocoles, notre préoccupation était de ne pas nous ajouter une crise informatique. On sait que pirates et hackers profitent de ces moments où les entreprises sont fragilisées", renchérit Thomas Rouault de Snowleader.

Précautions prises et organisation mise en place, il reste toujours une inconnue à laquelle doivent faire face employeurs et salariés : quelle sera la durée réelle du confinement, et donc de la période de télétravail. Si elle s'allonge significativement, de nouveaux ajustements seront forcément nécessaires dans les organisations.

Avec Matthieu Guinebault et Olivier Guyot

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