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Paul Kaplan
Publié le
15 févr. 2022
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Scoop x Pure, un salon influent, où exclusivité et originalité étaient à l'ordre du jour

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Paul Kaplan
Publié le
15 févr. 2022

La seconde édition de l'événement combiné Scoop x Pure, la semaine dernière, a permis de constater que l'appétit des acheteurs pour les événements physiques reste intact après deux années d'annulations, de reports ou d'éditions numériques.


L'événement Scoop x Pure était très fréquenté, dès le premier jour. - Hyve Group


Scoop et Pure reprendront tous deux leur calendrier solo en juillet prochain ; d'ailleurs, les nombreux visiteurs qui ont franchi les portes dès l'ouverture du Scoop x Pure ne cachaient pas leur impatience — le secteur de la mode sera heureux de retrouver une situation presque normale dans les mois à venir.

Le succès de l'événement organisé ce mois-ci à la Truman Brewery à Londres donne un coup de projecteur sur le dynamisme du secteur indépendant, qui sort de la pandémie doté d'une confiance renouvelée, et sur l'attrait durable de la mode haut de gamme pour les consommateurs aisés, dont les bourses n'ont pas été affectées par la crise.

La plupart des exposants que nous avons interrogés étaient là pour rencontrer des détaillants indépendants. Les visiteurs venaient en effet de tout le Royaume-Uni et d'Irlande, notamment de The Place London, The Snooty Fox, Fran and Jane, Velvet and Rose, Willow and Wolf, Collen and Clare, Anne Furbank, Aria, Biscuit, The Dressing Room, Pamela Schiffer, Press, Sunday Best, Leaf, Katherine Bird et Roxtons. De grands noms comme Anthropologie, Fenwick, John Lewis et ASOS étaient également présents.

Le salon a permis aux nouveaux exposants de tirer le meilleur parti de l'exclusivité relative de leur offre qui devrait séduire les clients de ces magasins. Nombreuses étaient les marques à mettre en avant leurs matériaux exclusifs (souvent auto-tissés) et le raffinement détaillé de leurs produits.

Des griffes à surveiller



Gil Agencies a relancé la marque française de chaussures haut de gamme Arche sur le salon, tout en présentant la toute nouvelle marque coréenne haut de gamme 4CCCCees. Et son patron Gerard Levy s'est montré étonnamment optimiste, après deux années éprouvantes pour le secteur de la chaussure.


Gerard Levy (Gil Agencies) - Photo: Sandra Halliday


"Les choses ne sont pas ce qu'elles étaient", a-t-il reconnu. "Mais je constate une certaine amélioration. Nous sommes à vrai dire beaucoup plus optimistes aujourd'hui qu'il y a deux ans, avant la pandémie".

L'un de ses principaux problèmes réside dans le manque de magasins de chaussures indépendants sur le marché, si bien que Gerard Levy ne travaille plus qu'avec des magasins de prêt-à-porter, et ces derniers se portent bien.

"Lorsque les magasins disent que tout va bien, cela signifie que tout va bien", a-t-il expliqué. "Fait intéressant, de tous les clients que j'ai eus, aucun n'a fait faillite [lors de la pandémie]. Je pense que c'est le bon moment pour les indépendants. Les grands magasins sont en difficulté, mais le lien entre le client et le commerçant indépendant est devenu beaucoup plus fort".

L'entreprise présentait une offre solide au salon, les deux marques ayant trouvé le juste milieu entre le confort que recherchent les consommateurs à tous les niveaux de prix et le style qui permet à leurs produits de se démarquer. Pour Arche, cela se traduit par un style contemporain, tandis que 4CCCCees se veut plus sportif et urbain.


Gil Agencies représente 4CCCCees DR. - DR



Un nouveau venu sur le salon — SJC London (pour Simon James Cathcart) — avait une histoire intéressante à raconter, d'autant plus que le salon constituait son lancement dans la mode féminine. La marque, auparavant réservée aux hommes, adopte une approche décalée qui associe le style vintage à une certaine exclusivité, en utilisant par exemple des étoffes tissées à la main.

Cathcart voyait sa participation au salon comme une expérience, une manière de tâter le terrain.

Celui-ci s'est lancé dans le prêt-à-porter féminin alors que ses activités dans la mode masculine sont toujours au beau fixe car, selon lui, "les hommes sont vraiment conservateurs et difficiles à habiller. Les femmes sont beaucoup plus audacieuses et ambitieuses. Elles savent ce qu'elles veulent et je pense qu'il est plus facile de faire affaire avec elles". 

La pandémie a été une période plutôt clémente pour Simon James Cathcart, qui raconte que "les consommateurs cloîtrés chez eux ont continué d'acheter ses produits, même s'ils n'avaient aucune occasion pour les porter".

Une situation encourageante, quand on pense que la plupart des marques spécialisées comme SJC London dans des produits raisonnés et personnalisés ont connu des vaches maigres pendant cette période marquée par les confinements et le télétravail.


Simon James Cathcart, de SJC, qui lançait sa ligne de vêtements féminins au salon. - DR


Mais si l'on en juge par la reprise du secteur des boutiques indépendantes au lendemain de la pandémie, il a manifestement choisi le bon moment pour se lancer sur le marché féminin. Quelle est donc sa proposition ? Des pièces d'influence vintage comme des manteaux et des jupes, des tricots à mailles fines et d'autres vêtements de jour, avec un accent particulier sur les matériaux et les détails de qualité.

Une collection qui s'inscrit dans la tendance qui veut que les femmes bien nanties soient prêtes à débourser des sommes considérables pour leur garde-robe, mais attendent beaucoup en retour, notamment en termes d'originalité. 

C'est une tendance que Georgia Crossley, de GeeGee Collection, exploite également. Sa marque mise sur l'attrait de pièces originales et exclusives, fabriquées à la main, et coupées dans des tissus artisanaux. 

Cette connaisseuse de la mode, qui a commencé par un stage chez Alexander McQueen avant d'évoluer vers une branche plus étendue (notamment en travaillant pour des marques en Chine), a observé le marché à plusieurs niveaux et sait ce qu'elle veut.


GeeGee Collection mise sur l'attrait de pièces originales et exclusives, fabriquées à la main, et coupées dans des tissus artisanaux. - DR


"Je voulais remettre au goût du jour le made in England. Pour m'éloigner de la fast-fashion", explique-t-elle. "Je fais en sorte que tout reste durable et éthique".

La parenthèse professionnelle imposée par la pandémie lui a donné le temps nécessaire pour lancer sa marque. Résultat : un audacieux mélange de vestes et d'ensembles en tweed, traditionnels en apparence mais en réalité assez surprenants, aux imprimés frappants, avec beaucoup de scintillement et de petits détails comme des franges aléatoires. 

Une collection qui, selon Georgia Crossley, a été bien accueillie par les femmes actives de 20 à 30 ans et par les jeunes clients du type "festivaliers de Shoreditch".

Let's Get Physical



L'agence Self Service était aussi présente pour la première fois ; sa directrice commerciale Natalie Millard nous a confié qu'une fois qu'elle aura donné suite aux multiples contacts établis pendant le salon, l'événement devrait même dépasser ses attentes. 

"C'était génial de renouer avec nos clients, après tant de temps passé à vendre à distance, mais aussi d'en rencontrer de nouveaux", se réjouit-elle. "C'était vraiment un salon convivial. Nous avons échangé avec une grande diversité d'acheteurs venus du Royaume-Uni, d'Écosse et d'Irlande".

L'agence cible la région EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) avec des marques provenant principalement des États-Unis et de l'Australie. "Nous faisons en sorte qu'il soit aussi facile que possible pour nos clients d'acheter des marques qu'ils ne connaîtraient pas autrement", ajoute Natalie Millard. La société vient tout juste de reprendre Electric & Rose, basée à Los Angeles, dont la proposition mode et lifestyle semble faire son effet. 


Self Service met l'accent sur des marques à la proposition "différente" - DR


Natalie Millard nous a confié que ces dernières années ont été "des montagnes russes. Impossible de s'y retrouver. Un jour, tout le monde veut des vêtements décontractés, le lendemain, tout le monde veut des robes. Nous avons dû faire preuve d'une grande souplesse et apprendre à nous adapter".

Sa décision de participer au salon Scoop x Pure s'explique en partie par l'accent mis sur les indépendants, qui sont essentiels pour le portefeuille de marques de Self Service, qui comprend également C/Meo, Pasduchas, Keepsake, Freedom Moses, WAFG, Elliatt et Finders Keepers. 

"Nous avions entendu dire que c'était très fréquenté", explique la directrice commerciale de Self Service. "Beaucoup d'indépendants se débrouillent bien en ce moment, et les gens privilégient de plus en plus les commerces de proximité. Ils veulent des pièces uniques de marques que personne d'autre ne possède. Tout à l'heure, j'ai rencontré un acheteur qui examinait la gamme d'Elliatt, une marque de vêtements formels, et qui me disait que sa clientèle était férue de pièces uniques. Les indépendants développent vraiment cette vision".

Mais son entreprise était aussi présente pour profiter du retour des événements physiques. "Nous voulions renouer le contact avec les gens. Et retrouver la sensation des produits. J'ai fait tellement de rendez-vous Zoom ces dernières années. Essayer de parler de la main d'un tissu lors d'une visioconférence, ça me dépasse !"

Une autre nouvelle venue, l'agence Red Alert, était là pour renforcer son segment de mode féminine haut de gamme et de luxe, qui ne représente actuellement qu'environ 30% de son chiffre d'affaires. La société gère des marques comme Moon Boot, Von Dutch et Mackage, mais ici l'accent était mis sur la griffe de denim Tramarossa et la marque de sport Diadora.

Jordan Eckersley, membre de l'équipe de Red Alert, nous a expliqué qu'avec la marque italienne Tramarossa, l'entreprise a "développé de manière fantastique son activité dans le domaine de la mode masculine, mais qu'elle souhaitait étendre son activité dans le domaine du prêt à porter féminin, car nous savons que le denim est en pleine croissance".

La marque se concentre sur les matériaux haut de gamme et l'innovation technique, mais son atout majeur réside dans la personnalisation : les jeans peuvent être customisés avec les initiales en métal de la cliente. 

"Depuis le confinement, nous avons remarqué que les ventes de denim ont augmenté de façon considérable", a-t-il ajouté. Et cette croissance ne semble pas vouloir ralentir : selon Jordan Eckersley, les consommateurs renouvellent leur garde-robe après avoir pris quelques kilos pendant la crise.


Tramarossamise sur les matériaux haut de gamme et l'innovation technique - DR


En plus du denim, Jordan Eckersley note que, malgré la tendance à vouloir s'habiller de manière plus sophistiquée après le confinement, "le secteur de la mode décontractée continue de croître". Cela suggère peut-être un changement plus permanent dans la façon dont les femmes s'habillent, suite aux changements profonds causés par la pandémie. 

Par conséquent, il lui semblait logique de présenter la marque de chaussures et de vêtements de sport Diadora au salon Scoop. La marque a "ouvert des comptes incroyables, à l'instar de Selfridges". Pour Red Alert, Diadora dispose d'un énorme potentiel, étant donné sa solidité en Europe et son positionnement haut de gamme.

Et si le lancement d'une marque haut de gamme peut sembler audacieux à une époque où l'inflation est galopante et où les consommateurs se serrent la ceinture, la société a déclaré que certains groupes cibles disposent encore de moyens financiers importants.

L'obsession de la jeunesse qui anime de nombreuses marques ne concerne pas Red Alert, qui reconnaît viser les consommateurs un peu plus âgés, "ceux qui ont de l'argent". 


Pour Red Alert, Diadora dispose d'un énorme potentiel - DR


Et il en va de même pour les magasins qu'ils fréquentent. Comme d'autres exposants l'ont mentionné, les détaillants indépendants ont émergé de la pandémie en relativement bonne posture. Red Alert était présente au salon pour s'adresser directement à eux.

"Nous sommes intéressés par les comptes plus développés, ceux qui peuvent se permettre de payer et qui sont en place depuis longtemps. Ils savent ce qu'ils font. Ils ont leurs clients fidèles qui dépensent beaucoup d'argent chez eux tout au long de l'année. C'est ce que nous recherchons et c'est pourquoi nous sommes ici", confesse Jordan Eckersley.

Des témoignages intéressants qui laissent penser que tout devrait bien se passer pour l'édition solo du Scoop, la saison prochaine. Quant au salon Pure London en juillet, avec son éventail de prix plus étendu, il donnera un aperçu plus clair de l'état du secteur dans son ensemble.

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