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Thierry Gillier (Zadig & Voltaire) : "Notre boutique de New York est un acte fondateur pour notre ligne masculine"

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today 11 févr. 2019
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A 21 ans, Zadig & Voltaire continue de grandir. En France, où elle compte 119 magasins, mais à l’international aussi, où elle totalise 260 autres boutiques. Depuis trois ans, son développement passe par les Etats-Unis, encore plus depuis qu’en février 2017, elle y a présenté son premier défilé à New York. Toujours assez discrète sur ses résultats financiers (elle revendiquait ces deux dernières années un chiffre d'affaires global de 350 millions d'euros) la marque annonce sa volonté de relancer l'homme et de se pencher sur la Grande Chine, afin de doubler son chiffre d’affaires d'ici cinq ans. Dans cet esprit, la marque indique une croissance de 15% pour le premier semestre 2018 sur son réseau en propre. Thierry Gillier, fondateur de la marque, et Jean-Jacques Guével, actuel directeur général, ont détaillé leur stratégie à FashionNetwork.com.
 

La collaboration Zadig & Voltaire x The Woolmark Company - Zadig & Voltaire


FashionNetwork.com : Vous venez d’inaugurer un nouveau magasin avenue Victor Hugo à Paris. Combien d’ouvertures avez-vous prévues en 2019 ?

Jean-Jacques Guével :
Nous en avons une vingtaine, dont une part importante aux Etats-Unis, comme à Palm Beach récemment et à San Francisco dans un mois et demi.

Thierry Gillier : Nous mettons l’accent sur le marché nord-américain parce qu’il est très important pour nous et parce que la croissance y est très forte pour la marque.
 
FNW : Que représentent les Etats-Unis dans votre chiffre d’affaires ?

TG :
Nous accélérons fortement là-bas depuis trois ans...
J-JG : Et particulièrement cette année. Nous avions beaucoup d’ouvertures au cours de l’année 2017, et après un an complet sur ces magasins, la croissance est mathématiquement très importante. Aujourd’hui, les Etats-Unis représentent 20 % du chiffre d’affaires ; il s’agit de notre premier marché en dehors de l’Europe.
 
FNW : Vous avez déjà les résultats de 2018 ?

J-JG :
Nous clôturons nos comptes au 31 juillet donc nous n’avons qu’un seul semestre, l’automne-hiver 2018/19. Si la saison précédente s’était très bien passée, il y a encore une accélération sur cette nouvelle saison. Aux Etats-Unis, nous affichons une croissance de 40 %. En Europe, qui représente 75 % de notre distribution contrôlée, malgré une actualité politique parfois agitée, la croissance est de 20 %. En France, elle s'établit entre 10 et 15 %.

TG : En fait, la croissance est très forte et nous avons un objectif assez important, puisque nous voulons doubler le chiffre d’affaires d'ici 2024.
 
FNW : Quelle est la présence de la marque en Asie ?

J-JG :
Nous réalisons 5 % de notre chiffre d’affaires en Asie, principalement au Japon, où nous opérons directement, et en Corée du Sud, où nous avons un partenaire. La Chine et Hong Kong sont notre nouvelle priorité pour les cinq ans qui viennent. Nous avons réussi à installer une croissance aux Etats-Unis qui devrait se poursuivre de manière organique, et nous allons essayer de faire la même chose là-bas.
 

Le nouveau magasin Zadig & Voltaire de l'avenue Victor Hugo - Zadig & Voltaire


FNW : Comment évolue votre concept de boutique Zadig & Voltaire ?

TG :
Ce n’est pas un concept immuable. Nous n’allons pas répliquer la même chose dans chaque ville, nous essayons de proposer des expériences différentes. Nous transformons progressivement la société ; nous améliorons tous nos magasins en taille et en situation. Nous fermons d’anciens magasins pour aller là où c’est le plus pertinent. C’est ce que nous avons fait en ouvrant le flagship de la rue Cambon, qui mesure 700 mètres carrés en juillet dernier. Nous l’avons fait en fermant la boutique de la rue du 29 juillet, à quelques pas, qui était beaucoup plus petite.

J-JG : Les flagships sont des lieux de vente et des parcours d’exposition dans lesquels sont proposés des services  particuliers, comme la personnalisation de sneakers par exemple. Ce qui est assez caractéristique de Zadig & Voltaire, c’est que ce n’est pas une marque figée ; au contraire, c’est une marque énergique. Il y a une grande vitalité dans la croissance avec la volonté de ne surtout pas être normatif en déroulant une espèce de rouleau compresseur qui est le même concept, le même produit, la même vendeuse, partout.
 
FNW : Après avoir commencé à mettre l’accent sur les Etats-Unis, il y a trois ans, vous avez décidé d'organiser vos défilés à New York. Est-ce que maintenant que vous voulez aussi développer l’Asie, vous pensez y organiser des shows ?

TG :
Nous nous exprimons aujourd’hui à New York parce que nous y avons une grande visibilité, nous y sommes une marque importante. A Paris, nous nous sommes retrouvés face à de grosses machines. Il n’y a pas de place contre Chanel ou Louis Vuitton. En revanche, Zadig & Voltaire se prêtait très bien au public américain que nous avons su rencontrer là-bas.
 
FNW : Votre premier show proposait une partie de ses pièces à l’achat immédiat (see now buy now), c’est encore le cas ?

J-JG :
Sur le principe, il n’y a plus de "see now, buy now" pendant nos défilés, mais nous n’excluons pas d’en refaire pour un produit, de manière très ponctuelle.

TG : Il y a encore à faire avec ce concept du "see now buy now", mais pas sur une collection entière. C’est un concept qui doit encore être travaillé et appuyé par une stratégie.
 

Eva Herzigova, égérie de la collection féminine printemps-été 2019 - Zadig & Voltaire


FNW : Vous fonctionnez avec un certain nombre de licences. Est-ce que vous avez déjà pensé à développer la lingerie ou l’activewear par ce biais ?

J-JG :
Nous avons des licences dans le parfum, les montres, l'enfant, le beachwear et les lunettes. Pour nous, ce n’est pas le relais de croissance le plus important, nous ne sommes pas sur le modèle américain où les licences sont au cœur de l’activité grâce aux royalties. Dans le mix que nous opérons, le prêt-à-porter femme représente l’essentiel de notre activité. Il a une belle croissance, mais c’est l’homme qui a la plus forte progression depuis deux saisons, suivi de la maroquinerie. Pour la création de catégories comme la lingerie et l’activewear, soit il s’agira de notre offre, soit d’une nouvelle licence. Mais je pense que nous avons déjà beaucoup à faire sur la femme, l’homme, la maroquinerie et les sneakers, que nous avons lancées il y a un an et qui fonctionnent très bien, pour cibler une clientèle plus jeune, recruter, faire rentrer dans les magasins.

TG : Et nous venons de signer un acte fondateur pour l’homme avec l’ouverture d’une boutique exclusivement masculine à Soho en septembre dernier.

FNW : Mais vous aviez déjà des boutiques homme, non ?

TG :
Oui, mais pas entièrement consacrées à l’univers masculin. Nous avons vraiment décidé de relancer l’homme par New York avec ce premier magasin sur Broome Street dont nous sommes très contents. Comme l’homme plaît plutôt aux Etats-Unis, nous commençons son histoire là-bas et notre ADN continue à se développer via cette partie du monde. Nous sommes parisiens et new-yorkais aujourd’hui.  
 
FNW : Vous parliez de forte croissance sur l'homme, pouvez-vous nous donner son évolution ? Et ce qu’il représente dans le chiffre d’affaires aujourd'hui ?

J-JG :
Pour l’homme, nous affichons une croissance de 45 % sur les deux dernières saisons, et ce segment représente entre 10 et 12 % du chiffre d’affaires.
 
FNW : Avez-vous d’autres ouvertures spécifiquement masculines à venir ?

TG :
Il y en a d'autres aux Etats-Unis, via les grands magasins qui y ouvrent l’homme de façon importante.

J-JG : Il y a les ouvertures d’une part, mais aussi notre communication. Cette saison, nous avons choisi de différencier la posture homme de la femme. Nous avons Eva Herzigova comme égérie, mais aussi Jordan Barett, un jeune Américain qui compte 1,1 million de followers sur Instagram. Nous avons aussi un nouveau designer pour ce segment, Samuel Zenou, qui travaille main dans la main avec Cecilia Bönström, et nous avons organisé notre première présentation différenciée de la femme en janvier. C’est toute une relance qui porte ses fruits et fonctionne bien. Les Etats-Unis sont le marché qui a le plus d’appétence pour l’instant, parce qu’il est tout neuf, l’homme est proportionnellement puissant, la silhouette est bien comprise et bien adaptée. Mais c’est aussi une opportunité pour l’Asie. Nous savons qu’en Chine, une marque peut faire très facilement 50 % d’homme et 50 % de femme.
 

Jordan Barett, égérie de la collection masculine printemps-été 2019 - Zadig & Voltaire


FNW : Aujourd’hui, quelle place prend le digital dans l’entreprise ?

J-JG :
Il représente à près 10% de notre activité. Aux Etats-Unis, c’est 15 % du chiffre d’affaires et en Europe 9 %. Nous avons une version anglaise disponible dans le monde entier, une version en chinois depuis décembre dernier, et nous réfléchissons à une version japonaise.
 
FNW : Plus tôt dans l’année en 2018, vous avez mandaté Rothschild pour faire entrer un nouvel investisseur dans la marque. Est-ce que cette recherche a avancé ?

J-JG :
En réalité, nous ne cherchons pas un nouvel investisseur, mais à remplacer le fonds qui possède actuellement 30% de la société, TA Associates (fonds également présent dans la firme Collected Group, détenteur des labels Equipment, Joie et Current/Elliott, ndlr). C’est un processus financier extrêmement classique. Il y a plein de scenarii sur la table.

FNW : Vous investissez aussi dans l’hôtellerie. Vous êtes-vous posé la question de monter des hôtels ou des bars Zadig & Voltaire ?

TG :
Nous sommes en train de travailler sur toute notre identité avec un directeur artistique. Nous ne pouvons pas en parler davantage pour l’instant, parce que c’est encore en gestation, mais vous allez être au courant de ce que nous allons faire prochainement. De très gros projets arrivent en 2019.
 

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