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19 janv. 2006
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Toulouse se replonge dans le parfum de la violette, mais la fleur manque

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AFP
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19 janv. 2006

TOULOUSE, 19 jan 2006 (AFP) - Parfum, bonbon, bougie, liqueur... la violette de Toulouse éclot de nouveau dans les boutiques de la ville rose, troquant sa robe vieillotte et touristique pour une parure moderne, mais ce succès fait surtout le bonheur des essences importées faute de production locale.


Des violettes des serres de Gérard Dutos, horticulteur et producteur de violettes à Toulouse - Photo : Georges Gobet/AFP

A côté d'Airbus et du rugby, la violette reste un symbole fort de Toulouse malgré un déclin dans les années 1970, et depuis quinze ans, horticulteurs, artisans et vendeurs tentent de lui redonner sa gloire du XIXe siècle lorsque la haute société se l'arrachait en Europe du Nord.

Pour Hélène Vié, à la tête de la Maison de la violette, le pari semble gagné. "Mon chiffre d'affaires en dix ans a été multiplié par six", estime-t-elle devant les quelque 300 références liées à cette fleur hivernale proposés sur sa péniche, de la moutarde au gel douche en passant par la porcelaine, les infusions ou les bouquets, surtout en février.

Avec 7.500 visiteurs en 2005 contre 5.000 en 2003, cette ancienne assistante sociale de l'armée de l'air attribue ce succès aux nouveaux produits et à la communication, notamment dans les salons et les marchés.

"Au début, j'intéressais surtout les personnes âgées et les touristes. Aujourd'hui, ce sont les Toulousains, principalement les jeunes", se réjouit-elle.

Le groupe parfums Berdoues tente également de modifier l'image de cette fleur des amoureux, dont il commercialise un parfum depuis 1936, avec le lancement d'une nouvelle fragrance plus "féminine" pour la Saint-Valentin.


Cédric Alfenore "nez" des parfums Berdoues, travaille le 18 janvier 2006 dans son laboratoire à Toulouse - Photo : Georges Gobet/AFP

"Globalement sur le marché de la parfumerie, il y a un renouveau. Cette violette, c'est une nouvelle interprétation de ce qu'a pu faire mon grand-père il y a 70 ans", se félicite la directrice générale, Sophie Berdoues-Coudouy.

Le groupe espère tripler son chiffre d'affaires, qui s'élevait à 12,5 millions d'euros en 2005, avec cette nouvelle gamme dotée d'une présentation originale.

Leur violette provient cependant en grande partie de Grasse (Alpes-Maritimes) faute de production locale suffisante. "Pour un kilo d'absolu (l'alcool pur), il faut 2,5 tonnes de feuilles et deux fois plus au niveau des fleurs", explique le "nez" du nouveau parfum Berdoues, Cédric Alfenore.

Comme la plupart des créateurs et artisans, le liquoriste Jean-François Serres, qui a doublé en dix ans sa vente de liqueurs de violette pour atteindre aujourd'hui 10.000 bouteilles, fait également appel aux productions de la Côte d'Azur.

25.000 pots de fleurs seulement sont en effet vendus chaque année par une poignée de producteurs en Midi-Pyrénées.

"Aujourd'hui avec mes 5.000 pots, je ne peux produire que 15 kilos de fleurs par saison. Je pourrais en expédier 6 à 10 kilos par mois sur Rungis", lance Gérard Dutos, un horticulteur qui vient de fermer fin 2005 "pour faire autre chose".

La violette de Toulouse, marque déposée en 1984, fleur double avec une quarantaine de pétales contre cinq pour la sauvage, est en effet difficile à cultiver et peu rentable.

La reproduction par bouturage, la pression de l'urbanisation sur les terrains maraîchers, les 13 mois de serres nécessaires pour une récolte de novembre à mars très sensible à la météo, autant de contraintes qui ont conduit plusieurs producteurs à cesser cette activité.

Afin d'améliorer les techniques de culture et d'encourager d'autres producteurs à cultiver la viola odorata, les acteurs de cette fragile filière engagent cette année "une réflexion" et appuient la recherche.

Regroupés en associations, ils continueront de surfer sur la vague du renouveau au début du mois de février lors du "festival de la violette", de Toulouse... et d'ailleurs.


Par Alexandra LESIEUR

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